
Le gouvernement prépare le budget 2027 en cherchant ce qui peut être prélevé rapidement. Roland Lescure prévient que, sans nouvelles mesures, le déficit public pourrait approcher 6 % du PIB l’année prochaine. Son objectif est de le ramener au plus à 5 %. Le ministre de l’Économie regarde notamment du côté de l’épargne salariale et des retraités aisés.
La première piste consisterait à soumettre à de nouvelles cotisations les primes de participation et d’intéressement, ainsi que les compléments versés par l’employeur sur les plans d’épargne salariale, au-delà de 3 000 euros par an. Deux options sont étudiées : appliquer les cotisations sociales ordinaires sur la fraction supérieure à ce seuil ou créer une contribution particulière à l’assurance maladie. La CSG et la CRDS resteraient dues dès le premier euro. Rendement espéré : environ un milliard d’euros.
Pour les retraités aisés, Bercy envisage soit de revaloriser leurs pensions moins vite que l’inflation, soit de revenir sur l’abattement fiscal de 10 %. La direction est claire : obtenir des recettes immédiates en réduisant le revenu disponible de personnes qui ont travaillé et cotisé pendant toute leur carrière.
Un rendement immédiat, une réponse très incomplète
Roland Lescure répète qu’il ne s’agit encore que de pistes. Il promet aussi des économies dans le fonctionnement de l’État, des collectivités et de la Sécurité sociale. En 2026, six milliards d’euros ont déjà été économisés et trois milliards supplémentaires recherchés.
Le gouvernement examine aussi la prolongation de la surtaxe sur les bénéfices de 300 à 450 très grandes entreprises. Elle devait rapporter 7,3 milliards d’euros en 2026. Mais Roland Lescure a déclaré qu’il souhaitait la réduire si la situation le permettait. Le contraste est difficile à ignorer : la contribution exceptionnelle des grandes entreprises pourrait être allégée, tandis que l’épargne des salariés et les pensions redeviennent des gisements de recettes.
Ces mesures peuvent améliorer ponctuellement le solde budgétaire, mais ne répondent pas à l’échelle du problème. Le gouvernement chercherait entre 20 et 30 milliards d’euros pour boucler le budget 2027. Le milliard attendu de l’épargne salariale ne représenterait donc qu’une part infime de l’effort recherché. Une moindre revalorisation des pensions produit une économie budgétaire, mais réduit le pouvoir d’achat des retraités concernés. Le montant versé ne diminue pas, mais il augmente moins vite que les prix.
Le débat porte sur la méthode. Prélever des revenus existants donne un résultat immédiat. Reconstruire une économie productive exige des investissements, une politique énergétique cohérente, des compétences et une continuité. Les années perdues ont conduit à l’urgence budgétaire actuelle.
L’industrie aurait alimenté les caisses sans relever les taux
Un produit fabriqué à l’étranger rapporte principalement la TVA lors de sa vente en France. Fabriqué sur le territoire, il génère des salaires, des cotisations, des bénéfices imposables, des commandes locales et parfois des exportations. Pour rendre cette production compétitive malgré le coût élevé du travail en France, l’État peut alléger les cotisations patronales sans réduire les salaires.
Des équipements modernes, une énergie abordable, des salariés qualifiés et une meilleure productivité diminuent également le coût de chaque produit fabriqué. Le manque à gagner peut être compensé par des économies sur les dépenses inefficaces, la récupération de la fraude à la TVA, du travail dissimulé et des cotisations non déclarées, ainsi que par le maintien d’une contribution sur les bénéfices des plus grandes entreprises.
À mesure que l’activité industrielle progresse, elle génère des cotisations patronales et salariales, de l’impôt sur le revenu, de l’impôt sur les bénéfices, de la TVA par la consommation des salariés et l’activité des sous-traitants, ainsi que des taxes locales et foncières. L’État peut percevoir des dividendes lorsqu’il possède une participation. Les créations d’emplois réduisent également les dépenses de chômage, de RSA et les aides accordées aux territoires frappés par les fermetures industrielles.
Quarante-cinq ans de recul ne peuvent plus servir d’excuse
La désindustrialisation française commence à la fin des années 1970 et devient massive à partir de 1980. Depuis cette date, les branches industrielles ont perdu environ 2,2 millions d’emplois, soit près de la moitié de leurs effectifs. Pendant ce temps, les gouvernements ont accepté l’idée que les services remplaceraient l’industrie et que les produits importés à bas prix compenseraient les usines fermées.
Il y a eu des aides, des rapports et des annonces de réindustrialisation. Ce qui a manqué, c’est une stratégie continue. Les réponses sont souvent arrivées après les fermetures, lorsque les fournisseurs, les compétences et les équipements avaient déjà disparu. Ce mécanisme a déjà été documenté dans notre article « Face à la Chine, l’Union européenne découvre le prix de ses choix », qui montre une Europe réagissant après l’affaiblissement ou la disparition de capacités industrielles stratégiques.
À l’initiative de Roland Lescure, le gouvernement peut proposer une loi de programmation, engager les premiers crédits, lancer les commandes et confier leur exécution à des organismes publics. Les contrats signés et les investissements commencés peuvent ensuite être poursuivis par les gouvernements suivants. La France l’a déjà fait : lancé en 1974, le plan Messmer a survécu au départ de son initiateur et aux alternances politiques, jusqu’à la construction de 58 réacteurs. L’absence de décision pour commencer relève donc d’un choix politique.
Le gouvernement évoque aussi, au même stade de piste, un élargissement du crédit d’impôt industrie verte — sans en préciser l’ampleur budgétaire, contrairement aux mesures visant l’épargne salariale et les pensions.
Le budget préparé par Roland Lescure traduit un choix clair : faire payer immédiatement les salariés et les retraités, sans amorcer parallèlement le projet industriel qui permettrait de reconstruire durablement les recettes publiques.
Conclusion
Présenter aujourd’hui l’épargne salariale et les pensions comme des solutions urgentes revient donc à faire payer aux salariés et aux retraités une situation que les pouvoirs publics ont laissé se construire pendant plusieurs décennies. Maintenir la CSG et la CRDS, puis envisager un impôt supplémentaire sur l’épargne salariale, n’est pas une solution : cela ponctionne encore les Français sans créer de nouvelles richesses ; ils ne recréent ni usines, ni emplois, ni recettes durables.
Sources
Ministère de l’Économie et des Finances — Comité d’alerte du 7 juillet 2026
EV60 — Face à la Chine, l’Union européenne découvre le prix de ses choix
Sud Radio — Ce que l’on sait des orientations du budget pour 2027
Pour aller plus loin
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— André Francis
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