Gaza : un rapport ONU établit le ciblage délibéré des enfants — chiffres et conclusions juridiques
Ce que le rapport de la Commission d'enquête ONU du 23 juin 2026 établit — chiffres, preuves forensiques et conclusions juridiques
23 juin 2026 — Genève
Le 23 juin 2026, la Commission d’enquête indépendante de l’ONU sur le territoire palestinien occupé a publié un rapport de 100 pages exclusivement consacré aux violations commises contre les enfants palestiniens depuis le 7 octobre 2023. C’est le 17e rapport de la Commission et le premier rapport spécialisé sur ce sujet produit par un organe d’enquête onusien. Les conclusions sont sans ambiguïté : la Commission a trouvé des preuves incontestables d’un ciblage délibéré et systématique des enfants palestiniens.
Ce que documente le rapport
La période couverte s’étend du 7 octobre 2023 au 31 mars 2026. Les données chiffrées présentées en conférence de presse par le président de la Commission, Srinivasan Muralidhar, sont les suivantes :
Sources : Commission d’enquête ONU — conférence de presse du 23 juin 2026, Genève
Les modes opératoires identifiés
Le rapport identifie deux vecteurs principaux de mort chez les enfants :
Frappes aériennes avec explosifs à large rayon d’effet
Quadcoptères, drones et tireurs d’élite ciblant spécifiquement la tête et le haut du corps
Les drones utilisés sont équipés de caméras thermiques infrarouges permettant d’identifier la morphologie corporelle — et donc de distinguer un enfant d’un adulte à distance. Des médecins ayant témoigné devant la Commission ont confirmé que les blessures par arme à feu étaient systématiquement dirigées vers la tête et le cou pour causer des dommages maximaux. Un nourrisson allaité a ainsi été atteint à la tête par un quadcoptère et souffre de paralysie permanente.
La Commission documente également des amputations pratiquées sur des nourrissons et jeunes enfants sans anesthésie ni antidouleur, faute de médicaments disponibles.
Les conclusions juridiques
La Commission établit trois qualifications distinctes selon les zones :
Crimes contre l’humanité (dont persécution) — Gaza et Cisjordanie/Jérusalem-Est
Crimes de guerre — Gaza et Cisjordanie/Jérusalem-Est
Génocide — Gaza uniquement (la question n’a pas encore été examinée pour la Cisjordanie)
Sur le génocide, le président Muralidhar a précisé que le ciblage délibéré des enfants constitue l’un des éléments établissant l’intention spécifique de détruire le groupe palestinien en tant que tel. La Commission conclut qu’en ciblant les enfants, Israël érode les fondements démographiques et identitaires de la société palestinienne.
Concernant la Cisjordanie, le rapport conclut que la violence des colons fonctionne comme un instrument de la politique d’État israélienne, les deux agissant en coordination vers le même objectif : l’expansion territoriale illégale.
Hamas également mis en cause
La Commission ne limite pas ses conclusions à une seule partie. Elle documente également des abus graves commis par le Hamas contre des Palestiniens à Gaza : campagnes de répression, torture et exécutions illégales, menées à couvert des offensives militaires israéliennes et de l’effondrement de l’ordre public.
Méthodologie et réponse israélienne
Face aux accusations de biais formulées par le ministère israélien des Affaires étrangères, le président Muralidhar a détaillé la base probatoire du rapport : rapports médicaux, radiographies, photographies, témoignages sous consentement, analyse forensique par deux pathologistes indépendants, vérification croisée des sources numériques (géolocalisation, chronolocalisation, extraction de métadonnées, authentification visuelle).
La Commission a également cité des déclarations publiques de soldats israéliens eux-mêmes, mises en ligne sur les réseaux sociaux, dans lesquelles certains décrivent avec fierté la destruction d’infrastructures pour enfants ou comparent l’usage des drones à un jeu vidéo. Ces éléments figurent dans le rapport à titre de preuves à charge.
La Commission indique ne pas avoir été informée d’aucune enquête interne ni d’aucune poursuite engagée par les autorités israéliennes concernant les faits documentés.
Unités militaires identifiées
Le rapport (paragraphe 356) liste les divisions, brigades et unités des forces israéliennes responsables des incidents documentés. À titre d’exemple, les soldats impliqués dans la mort d’un garçon de 14 ans à Tubas (Cisjordanie) — laissé agoniser 45 minutes au sol, l’ambulance tenue à distance par viseur laser, le corps non restitué à la famille — appartenaient au bataillon parachutiste opérant sous commandement de la brigade Manashe (431e brigade territoriale).
Transmission aux instances judiciaires
La Commission a transmis ses données à la Cour pénale internationale (CPI) et à la Cour internationale de Justice (CIJ), à la demande de l’Afrique du Sud. Elle se dit prête à coopérer avec tout État souhaitant exercer sa juridiction universelle sur des personnes suspectées de crimes de guerre, crimes contre l’humanité ou génocide — y compris des ressortissants à double nationalité de retour dans leurs pays d’origine.
Point de friction institutionnel
La Commission contredit explicitement le rapport du Bureau de la paix présenté au Conseil de sécurité en mai 2026 (résolution 2803), qui affirmait une amélioration des conditions à Gaza. Elle note également que le Premier ministre israélien a déclaré publiquement son intention de saisir au moins 70 % du territoire de Gaza, en violation de l’accord de cessez-le-feu d’octobre 2025 et du droit international.
Sources
Commission d’enquête indépendante de l’ONU sur le TPO — Rapport publié le 23 juin 2026 : ohchr.org/en/hr-bodies/hrc/co-israel
Conférence de presse — UN Web TV, 23 juin 2026 : webtv.un.org/en/asset/k1g/k1gxf0y9ld
Résolution 2803 du Conseil de sécurité de l’ONU (2026) : undocs.org/S/RES/2803
Documentaire ITV X — Breaking Ranks: Inside Israel’s War (cité dans le rapport)
Pour aller plus loin
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— André Francis
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