Centrale civile, dissuasion française : ce que Chevrier distingue et ce qu'il dément
Tchernobyl, S-500 et la fable de la dissuasion : ce que dit vraiment l'ingénieur
Pourquoi craint-on les centrales civiles autant que l’arme militaire ? Et que reste-t-il de la dissuasion française face aux systèmes antimissiles russes ? Gérard Chevrier répond, chiffres à l’appui.
Lara Stam : Monsieur Chevrier, ce que vous avez étudié, c’est lié aux explosions. Avez-vous fait la même étude sur ce qui arrive lors d’une catastrophe nucléaire liée à une centrale ? Est-ce comparable, ou est-ce totalement différent ?
M. Chevrier : C’est vraiment très différent. D’ailleurs, la catastrophe de Tchernobyl est là pour le prouver. Il y a eu des explosions énormes à Tchernobyl, des centaines, des milliers de tonnes de matériaux propulsés dans l’atmosphère — mais avec un niveau de radioactivité très faible, puisqu’il n’y a pas eu de morts dans les jours qui ont suivi dans les villages situés à 300 ou 400 km. Les seuls morts à Tchernobyl sont les personnes intervenues directement dans la centrale.
Et puis, c’est un point très important : aujourd’hui, Tchernobyl est pratiquement devenu un site touristique. Pourquoi ? Parce que les animaux sauvages, qui avaient pratiquement disparu à l’époque, ont aujourd’hui une vie énorme là-bas — beaucoup de sangliers, de chevreuils, de chevaux. Ils n’étaient pas présents au moment de l’impact, mais comme la zone est devenue inhabitée, ils ont pu s’y développer. On n’a donc pas vu apparaître de monstres ou quoi que ce soit de ce genre.
Lara Stam : Pourquoi les gens ont-ils peur du nucléaire civil ?
C’est ridicule. Le nucléaire civil, c’est un enrichissement à 3,5 % : il n’y a presque pas de rayonnement gamma. Le militaire, c’est 92 % — là, ça rayonne pendant les premières heures. C’est ça qu’il faut comprendre. On n’a donc pas de crainte à avoir des centrales nucléaires chez nous.
Lara Stam : C’est effectivement ce qu’on m’écrit souvent : « oui, mais vous ne parlez pas des centrales nucléaires ».
M. Chevrier : Mais non. D’abord, elles vont continuer à fonctionner en cas de guerre, parce qu’il n’y a pas d’endroit où les gens seront mieux abrités que dans une centrale : elles ont des salles équipées pour contrôler le rayonnement. Les employés vont continuer à y travailler, ils n’ont aucune raison de fuir ailleurs, puisque c’est là qu’ils ont de quoi maintenir eux et leur famille en vie.
Donc moi, je n’ai aucun souci avec les centrales civiles, les centrales de production d’électricité. Là aussi, c’est un mythe construit par les écologistes. Ils sont complètement à côté de la plaque : il fallait manifester contre la prolifération des armes nucléaires, pas contre l’augmentation des centrales civiles. Les centrales civiles, c’est au contraire quelque chose de bon pour tout le monde, pour la nature et pour nous.
Chapitre 8 : Aucune force de dissuasion
Lara Stam : Donc vous dites que la dissuasion est aussi un mythe. Nous, on nous répète matin, midi et soir que nous sommes protégés, que nous pouvons aller titiller l’ours russe dans tous les sens, le faire sortir de sa grotte, parce que nous avons notre propre système de protection nucléaire. Qu’est-ce que vous en dites ?
M. Chevrier : Non, non, nous n’avons aucune force de dissuasion face à un pays comme la Russie. La Russie, c’est 6 600 têtes nucléaires actuellement — enfin, de ce que l’on sait — et surtout un territoire immense, avec en plus des équipements antimissiles d’un très haut niveau technologique.
Les Russes ont d’abord produit les S-300, à portée limitée mais déjà capables de détruire un missile à tête nucléaire tiré depuis un sous-marin. Ensuite il y a eu les S-400, et maintenant les stations radar S-500. Les 40 têtes nucléaires que nous avons dans nos sous-marins, c’est une plaisanterie pour eux : il n’y en aurait pas une sur vingt qui arriverait à destination, parce que les S-500 les détruiraient. Ils ont une capacité de détection à 700 km. Donc, avec nos missiles qui volent en supersonique et non en hypersonique, ils n’arriveront pas à destination — peut-être un sur vingt.
Nous n’avons donc aucune force de dissuasion. Si les Russes décidaient d’attaquer les pays de l’OTAN, ils se ficheraient du tiers comme du quart de la force de dissuasion française ou anglaise. Ils savent déjà où sont nos missiles, ils sont préparés pour se défendre. Il y aurait peut-être quelques zones touchées, mais une fois la décision prise, ils enverraient tous leurs missiles. Comme je l’ai expliqué, ce serait une guerre durant moins d’une heure, entre le départ du premier missile et l’explosion du dernier.
Lara Stam : Ça fait très peur, effectivement. Mais comment expliquer, alors, monsieur Chevrier, que ceux qui conseillent nos gouvernants aillent jusqu’à parler de dissuasion européenne, quand la Norvège se dote du parapluie nucléaire français ?
M. Chevrier : Ce sont des gens qui nous racontent des histoires, au même titre. La preuve : en février 2022, notre ministre de l’Économie disait « dans quelques semaines, la Russie sera à genoux ». Il était complètement en dehors des réalités, économique comme militaire.
La réalité économique était simple : nous, en Europe, sommes 500 millions d’habitants, clients de la Russie. On arrête de lui acheter ses produits — mais le monde a changé depuis un siècle. La Russie ne fournit plus de gaz à l’Allemagne ni à la France, ne vend plus ses produits, mais ce n’est pas un problème : il y a 1,4 milliard de Chinois et 1,4 milliard d’Indiens prêts à acheter tout ce qu’elle propose. Résultat des sanctions économiques : zéro. C’est toute l’Europe qui est en difficulté depuis deux ans.
On est exactement au même niveau sur le plan militaire : on nous raconte les mêmes bêtises que sur le plan économique. Voilà.
Interview complète de Gérard Chevrier, sur YouTube sous le titre : Gérard CHEVRIER prévient : quelque chose de GRAVE se prépare autour du NUCLÉAIRE...


