Anthony Fauci face au Sénat : la grâce de Biden verrouille le fond du dossier
Anthony Fauci n’a répondu à aucune question. Les faits antérieurs sont largement protégés par sa grâce présidentielle ; son seul risque nouveau concerne désormais son refus de témoigner.

Le 29 juillet 2026, au Sénat américain, à Washington, Anthony Fauci a invoqué le cinquième amendement devant la commission présidée par Rand Paul. L’audition n’a donc apporté aucune réponse nouvelle sur le financement de recherches à Wuhan, l’origine du virus ou les décisions sanitaires.
La grâce accordée par Joe Biden couvre les éventuelles infractions fédérales liées aux fonctions de Fauci entre le 1er janvier 2014 et le 19 janvier 2025. Elle neutralise pratiquement toute poursuite fédérale sur le fond du dossier Covid. Le conflit se déplace désormais vers une question plus étroite : Fauci pouvait-il encore garder le silence, et son refus peut-il constituer un outrage au Congrès ?
1. Une audition sans réponses
L’audition s’est tenue le 29 juillet 2026 devant la commission de la sécurité intérieure et des affaires gouvernementales du Sénat, dans le bâtiment Dirksen à Washington. Anthony Fauci, ancien directeur de l’Institut national des allergies et des maladies infectieuses, était l’unique témoin.
Au début de l’audition, Fauci rappelle avoir travaillé 54 ans aux Instituts nationaux de la santé et avoir témoigné ou informé le Congrès plus de 200 fois. Il affirme cependant que cette convocation ne vise pas à obtenir des informations, mais à lui faire prononcer une phrase susceptible de servir à une nouvelle procédure pénale.
Sur les conseils de ses avocats, il invoque donc le cinquième amendement. Celui-ci permet de refuser une réponse susceptible de contribuer à sa propre incrimination : une personne ne peut pas être obligée de fournir elle-même à l’accusation l’élément qui pourrait servir à la poursuivre.
L’audition est également marquée par l’expulsion de David Schertler, l’un des avocats de Fauci. Après plusieurs tentatives pour intervenir sans avoir obtenu la parole, Rand Paul lui demande de se taire et de s’asseoir derrière son client. Face à son refus, le président de la commission ordonne au service de sécurité de le faire sortir, pour comportement perturbateur et non-respect des règles de la commission.
La conséquence immédiate se limite à son expulsion de la salle. David Schertler n’est ni arrêté ni sanctionné par la justice, et aucune procédure disciplinaire contre lui n’a été annoncée. Il reste l’avocat de Fauci, qui conserve par ailleurs l’assistance de ses autres conseils pendant l’audition.
Fauci applique cette stratégie à toutes les questions, y compris lorsqu’il lui est simplement demandé de confirmer qu’un dossier rouge se trouve devant lui. L’audition n’apporte donc aucune réponse nouvelle sur le fond.
Rand Paul et plusieurs sénateurs républicains l’interrogent notamment sur :
le financement de recherches sur les coronavirus menées à Wuhan ;
la qualification de ces travaux comme recherches de « gain de fonction », c’est-à-dire des expériences pouvant renforcer certaines propriétés d’un agent pathogène ;
les discussions privées de janvier 2020 sur une possible origine de laboratoire ;
la préparation de l’article scientifique Proximal Origin, ensuite utilisé pour écarter publiquement cette hypothèse ;
les fermetures d’écoles, les confinements, les masques et la règle de distanciation de six pieds ;
l’utilisation de messageries privées et la conservation de documents fédéraux.
Les sénateurs démocrates dénoncent, de leur côté, une procédure partisane transformant Fauci en responsable unique de décisions prises par plusieurs administrations et organismes publics.
Cette audition établit donc un fait précis : Fauci refuse désormais de répondre sur l’ensemble du dossier. Elle ne démontre pas, à elle seule, qu’il a menti au Congrès, dissimulé l’origine du virus, détruit des documents ou commis une infraction. Son silence n’est ni une réponse ni un aveu ; les accusations restent celles formulées par les sénateurs en l’absence de débat contradictoire.
Sources
Sénat américain, page officielle de l’audition d’Anthony Fauci, 29 juillet 2026 : https://www.hsgac.senate.gov/hearings/testimony-of-anthony-fauci/
Sénat américain, vidéo intégrale de l’audition :
2. La grâce comme bouclier sur le fond
Le 19 janvier 2025, à la veille de son départ de la Maison-Blanche, Joe Biden a accordé à Anthony Fauci une grâce présidentielle « complète et inconditionnelle ».
Le texte couvre toute éventuelle infraction fédérale commise entre le 1er janvier 2014 et le 19 janvier 2025, dès lors qu’elle est liée aux fonctions de Fauci :
à la direction de l’Institut national des allergies et des maladies infectieuses ;
au sein de l’équipe chargée du Covid à la Maison-Blanche ;
comme conseiller médical en chef du président.
La grâce est préventive : Fauci n’avait pas besoin d’être inculpé ou condamné pour en bénéficier. Elle vise aussi des infractions qui auraient pu être découvertes ou poursuivies plus tard.
Concrètement, le ministère de la Justice ne peut plus poursuivre Fauci pour un éventuel mensonge au Congrès, une fraude ou une autre infraction fédérale commise pendant cette période et liée à ses fonctions. Cela explique pourquoi les demandes de poursuites adressées par Rand Paul n’ont débouché sur aucune inculpation.
La grâce n’efface cependant ni les faits, ni les documents, ni les questions restées sans réponse. Elle ne prouve pas non plus l’innocence de Fauci. Elle empêche simplement l’État fédéral de lui infliger une sanction pénale pour les actes couverts. C’est comparable à un dossier qui peut encore être consulté et examiné, mais qui ne peut plus conduire à une condamnation fédérale.
Sa portée reste limitée :
elle ne couvre pas les actes commis après le 19 janvier 2025 ;
elle ne bloque pas une enquête du Sénat ;
elle n’empêche pas Fauci d’être interrogé publiquement ;
elle ne couvre pas une éventuelle infraction relevant exclusivement d’un État américain.
Tant que cette grâce reste juridiquement valable, le cœur pénal du dossier Covid demeure donc largement hors d’atteinte pour le ministère de la Justice.
Sources
Ministère américain de la Justice, texte officiel de la grâce accordée à Anthony Fauci, 19 janvier 2025 : https://www.justice.gov/pardon/media/1385746/dl?inline=
Bibliothèque du Congrès, portée du pouvoir présidentiel de grâce : https://constitution.congress.gov/browse/essay/artII-S2-C1-3-5/ALDE_00013322/
Bibliothèque du Congrès, une grâce peut être accordée avant toute procédure judiciaire : https://constitution.congress.gov/browse/essay/artII-S2-C1-3-4-1/ALDE_00013319/
Bibliothèque du Congrès, effets juridiques d’une grâce : https://constitution.congress.gov/browse/essay/artII-S2-C1-3-7/ALDE_00013324/
3. Le cinquième amendement et le seul risque nouveau
Le cinquième amendement permet à une personne de ne pas répondre lorsqu’une réponse sincère pourrait l’exposer à des poursuites pénales. Il ne constitue ni un aveu de culpabilité ni un droit général au silence devant le Congrès.
Toute la difficulté vient ici de la grâce présidentielle. Puisque Fauci ne peut pratiquement plus être poursuivi au niveau fédéral pour les faits qu’elle couvre, Rand Paul considère qu’il n’existe plus de risque d’auto-incrimination pour cette période. Selon lui, Fauci doit donc répondre aux questions portant sur sa gestion du Covid.
Les avocats de Fauci soutiennent au contraire qu’un risque demeure. Ses réponses pourraient, selon eux, servir de base à de nouvelles accusations, notamment pour des faits postérieurs à la grâce ou relevant d’un État américain. Ils rappellent également que Rand Paul a demandé à plusieurs reprises son inculpation.
La grâce ne donne cependant pas à Fauci le droit de refuser automatiquement toutes les questions. Chacune doit présenter un risque réel de poursuites. Un simple désaccord politique ou la crainte d’une question embarrassante ne suffit pas.
Le désaccord porte donc sur un point précis : la grâce a-t-elle supprimé tous les risques pénaux pouvant résulter de ses réponses ? L’audition ne permet pas de le trancher.
Si le Sénat estime que Fauci a refusé illégalement de répondre, il peut engager une procédure pour outrage au Congrès. Dans ce contexte, l’« outrage » désigne le refus volontaire de répondre à une question que le Congrès est en droit de poser.
Une condamnation peut entraîner entre un et douze mois de prison. Le plafond actuel de l’amende peut atteindre 100 000 dollars, en application de la règle générale sur les délits fédéraux de classe A.
Mais cette peine n’est pas automatique. La commission doit d’abord voter une résolution déclarant Fauci en outrage au Congrès. Le Sénat doit ensuite l’adopter et transmettre le dossier au procureur fédéral compétent. Si des poursuites sont engagées, Fauci sera jugé devant un tribunal fédéral, où ses avocats pourront défendre la légalité de son recours au cinquième amendement. Une amende ou une peine de prison ne pourra être prononcée qu’après sa condamnation.
Ce risque concerne uniquement le comportement de Fauci en 2026. Même une condamnation pour outrage ne permettrait pas de rouvrir les éventuelles infractions liées au Covid déjà couvertes par la grâce. Autrement dit, l’épée vise son refus actuel de répondre, pas le fond du dossier.
Sources
Bibliothèque du Congrès, protection contre l’auto-incrimination prévue par le cinquième amendement : https://constitution.congress.gov/browse/essay/amdt5-3-3/ALDE_00000865/
GovInfo, article 192 du titre 2 du Code des États-Unis — refus de témoigner devant le Congrès : https://www.govinfo.gov/link/uscode/2/192
GovInfo, article 194 du titre 2 du Code des États-Unis — transmission au procureur fédéral : https://www.govinfo.gov/link/uscode/2/194
GovInfo, article 3571 du titre 18 du Code des États-Unis — plafond général des amendes fédérales : https://www.govinfo.gov/link/uscode/18/3571
4. Une procédure lourde et incertaine
Rand Paul a annoncé un vote de la commission le 5 août 2026. Cette réunion figure bien au calendrier officiel du Sénat, mais son résultat ne suffira pas à poursuivre Fauci.
Plusieurs obstacles restent à franchir.
D’abord, la commission doit réunir une majorité pour déclarer Fauci en outrage au Congrès. Cette décision constitue seulement une recommandation adressée à l’ensemble du Sénat.
Ensuite, le Sénat doit adopter une résolution autorisant la transmission du dossier à la justice. Une majorité simple suffit généralement lors du vote final. Mais l’opposition peut retarder ce vote en prolongeant les débats. Pour mettre fin à ce blocage, 60 sénateurs peuvent être nécessaires.
Même après une transmission, le procureur fédéral conserve le pouvoir de ne pas poursuivre. Le ministère de la Justice a confirmé en 2014 que le texte sur l’outrage au Congrès ne supprimait pas ce pouvoir de décision. Le procureur peut considérer que les preuves sont insuffisantes ou que le refus de répondre repose sur un argument juridique sérieux.
Enfin, si Fauci est inculpé, un tribunal devra déterminer si ses réponses pouvaient réellement l’exposer à de nouvelles poursuites malgré sa grâce. Ses avocats pourront notamment invoquer des infractions postérieures à janvier 2025 ou des poursuites relevant d’un État américain.
La procédure ressemble donc à une chaîne : commission, Sénat, ministère de la Justice, tribunal. Si un seul maillon cède, aucune condamnation n’est possible. À ce stade, Rand Paul a annoncé la première étape ; aucune poursuite n’est encore engagée.
Sources
Commission de la sécurité intérieure du Sénat américain, calendrier des auditions et réunions : https://www.hsgac.senate.gov/hearings/
Sénat américain, règles relatives au blocage des débats et au vote de clôture : https://www.senate.gov/about/powers-procedures/filibusters-cloture.htm
Ministère américain de la Justice, pouvoir de décision du procureur après un vote pour outrage au Congrès, 2014 : https://www.justice.gov/olc/file/2014-06-16-pros-disc-contempt-cong/dl
5. Des accusations répétées, aucune poursuite contre Fauci
Le 14 juillet 2023, Rand Paul a demandé au ministère de la Justice d’enquêter sur un possible mensonge de Fauci devant le Sénat en mai 2021. Deux ans plus tard, il a renouvelé cette demande auprès de Pam Bondi, ministre de la Justice de Donald Trump. Il lui demandait également d’examiner la validité de la grâce signée avec un stylo automatique.
Ces courriers n’ont débouché sur aucune inculpation : le ministère de la Justice n’a jamais annoncé avoir réuni des preuves suffisantes d’un mensonge volontaire et, depuis janvier 2025, la grâce de Biden bloque toute poursuite fédérale concernant ces faits. Un sénateur peut transmettre des accusations et des documents au ministère de la Justice, mais il ne peut ni engager lui-même des poursuites ni imposer une inculpation.
Le ministère de la Justice de Trump a pourtant poursuivi David Morens, ancien conseiller de Fauci, en avril 2026. Morens est notamment accusé d’avoir dissimulé ou détruit des documents fédéraux liés à la pandémie. Cette affaire montre que les investigations ne sont pas totalement restées sans suite, mais Fauci n’est pas inculpé dans cette procédure.
L’audition du 29 juillet ouvre un nouveau dossier possible, limité à son refus de répondre. Tant qu’aucune procédure pour outrage n’aboutit, les annonces répétées sur une future condamnation ou un emprisonnement de Fauci restent des menaces politiques, pas une réalité judiciaire.
Sources
Rand Paul, demande d’enquête adressée au ministère de la Justice, 14 juillet 2023 : https://www.paul.senate.gov/wp-content/uploads/2023/07/Final-Letter-to-Garland_CS26.pdf
Commission de la sécurité intérieure du Sénat américain, nouvelle demande adressée au ministère de la Justice, 14 juillet 2025 : https://www.hsgac.senate.gov/media/reps/senator-rand-paul-re-refers-dr-anthony-fauci-to-the-department-of-justice/
Ministère américain de la Justice, inculpation de David Morens, 28 avril 2026 : https://www.justice.gov/usao-md/pr/former-senior-niaid-official-indicted-concealing-federal-records-during-covid-19
Conclusion : une bataille pour faire parler Fauci, pas encore pour le juger sur le Covid
L’audition peut conduire à une poursuite pour outrage au Congrès. Dans ce cas, Fauci risquerait entre un et douze mois de prison et jusqu’à 100 000 dollars d’amende pour son refus de répondre en 2026.
Même si sa grâce était invalidée, le dossier pénal lié au Covid ne s’ouvrirait pas automatiquement. L’accusation la plus précise formulée par Rand Paul concerne un possible mensonge au Congrès, puni de cinq ans de prison au maximum. Mais les propos remontent à mai 2021 et paraissent désormais couverts par le délai de prescription.
Des peines beaucoup plus lourdes seraient possibles uniquement si de nouvelles preuves permettaient d’accuser Fauci de destruction de documents, de falsification ou de participation à une entente illégale. À ce jour, ces infractions visent David Morens, pas Fauci.
Dans l’état actuel du dossier, Rand Paul peut donc tenter de contraindre Fauci à répondre et de le poursuivre pour son silence. En revanche, rien ne montre encore qu’il puisse obtenir le grand procès sur la gestion du Covid que cette audition laisse entrevoir.
Sources
Commission de la sécurité intérieure du Sénat américain, courrier de Rand Paul au ministère de la Justice, 14 juillet 2025 : https://www.hsgac.senate.gov/wp-content/uploads/2025.07.14_Letter-from-Chairman-Paul-to-DOJ___.pdf
GovInfo, article 1001 du titre 18 du Code des États-Unis — fausse déclaration et peine maximale : https://www.govinfo.gov/link/uscode/18/1001
GovInfo, article 3282 du titre 18 du Code des États-Unis — délai général de prescription de cinq ans : https://www.govinfo.gov/link/uscode/18/3282
Ministère américain de la Justice, peines encourues par David Morens pour les infractions dont il est accusé : https://www.justice.gov/usao-md/pr/former-senior-niaid-official-indicted-concealing-federal-records-during-covid-19
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— André Francis
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